la pratique

L'éducation somatique

 

"La notion de SOMA identifie l’expérience intégrale du corps vécu de l’intérieur. Évidemment, pour le commun des mortels, le mot « soma » identifie le corps par opposition à l’esprit! Alors que nous réaffirmons ici  le primat du corps vivant. Pour nous, parler du soma, ce n’est pas opposer le corps à la psyché, et ce n’est pas choisir le soma contre le ‘psychique’ comme dans l’expression « psychosomatique ». Parler du soma, c’est aborder la personne intégrée dans son existence  biologique. Travailler dans une perspective somatique c’est considérer que le langage, les raisonnements, même les plus abstraits, nos émotions, sont des manifestations de notre activité biologique. D’un point de vue somatique, la conscience elle-même est considérée comme une caractéristique du vivant, et elle fait partie des mécanismes mêmes d’autorégulation des systèmes vivants. Bref, une approche somatique est loin d’être réductionniste ou matérialiste, elle est plutôt intégrative de la personne vivante « incorporée » (embodiment) (....)

À ce titre, on pourra s’intéresser à l’anatomie, à la physiologie, à la kinésiologie... sinon à la neurologie(..). Pour la formation en éducation somatique, tout en étudiant ces matières de connaissance du corps objectivé, on s’assurera de prendre, face au corps vivant,  un point de vue à la première personne, au je. Connaître les noms des os et les points d’insertion des muscles, étudier les lois de la physique du mouvement des poids et des masses, c’est une chose. Sentir ces phénomènes et connaître en soi le mouvement c’est presque autre chose. En fait, depuis la tendre enfance, nous apprenons à rouler, sauter, marcher, puis skier, monter à vélo, sans jamais savoir que nous avons des muscles! D’où l’importance d’une pédagogie qui s’appuie sur notre expérience avant tout.  On y redonne aussi au corps vivant son contexte, là où il y a de l’air, de la nourriture, d’autres humains, d’autres espèces, d’autres objets, en continuité avec soi. La reconnaissance de l’importance  de l’environnement permet en éducation somatique de dépasser une vision centrée sur un soi limité à la surface de la peau.  L’éducation somatique s’intéresse au soma et à « l’incorporation » en tant que base pour la perception et la conscience et en tant que support pour l’action dans un monde lui aussi vivant, qui est en continuité avec le corps vivant. Par la reconnaissance de l’importance de l’environnement dans l’équation de l’éducation somatique, nous donnons aussi une place importante à la socialisation : l’image du corps en particulier et la forme même du corps vivant n’émergent pas dans un vacuum mais bel et bien dans des familles, dans des sociétés, grâce à des langages, des symboliques et des formes de pensée qui forment ce soma et qui en règlent les interactions. "

Extrait de YVAN JOLY

le Body Mind Centering

Le Body-Mind Centering s'inscrit dans cette lignée d'éducation somatique, puisant ses sources chez Laban et Bartenief par exemple, mais aussi dans des pratiques orientales .  Initiée par Bonnie Bainbridge Cohen, elle  se base autant sur un savoir anatomique objectif que sur un savoir subjectif  du ressenti de chacun : "si tu le sens, c'est que ca existe".  Plus qu'un apprentissage, elle nous invite à désapprendre pour accèder au savoir originel, comme reconstruire une présence corporel par soustraction. 

Le Body-Mind Centering® , par une anatomie expérientielle, nous invite à explorer comment l’esprit s’exprime à travers le corps et le corps à travers l’esprit.

On placera en premier lieu une attitude dans la manière d'explorer : une bienveillance inconditionnelle, un  respect et une écoute subtile d'un corps sujet. On met son âme en mouvement au travers du corps. On est donc sur un terrain différent d'un corps comme instrument . On est le mouvement.Le BMC explore les première étapes qui fondent le développement du vivant/ du mouvement : les fondamentaux somatiques.   Nous parlons ici souvent de la " danse d'avant le langage", de la conscience cellulaire d'avant le cerveau , de courants embryologiques, de schèmes de développement.  La boîte à outils du BMC permet  de vous guider vers une anatomie éprouvée, vous invitant à défaire vos connaissances mentales et à recréé votre propre cartographie du corps basé sur votre vécu et votre senti. Lors de ces explorations, nous cherchons à mieux saisir ce qui initie un mouvement, ce qui le supporte et le rend plus facile.

Pour ceci, nous différencions nos systèmes corporels comme le squelette, les organes, les fascias,  les liquides, etc. Ces systèmes sont des lieus d'accueil d'impression, des sources d'expression, des chemins de traductions...Ils fondent l'esprit du mouvement qui naîtra, ils l'habitent. Leur singularités, leur diversités , leur collaborations, tous cela nous offrent une richesse et une gamme de ressenti et d'agir possible , dans le simple but de mieux s'adapter au multitude de rencontre  que la vie nous propose sans cesse.

BMC et  Contact Improvisation

 

 Alors que certains désirent augmenter sa notoriété, je souhaite plutôt me mettre au service de la qualité du contact improvisation. Alors que de plus en plus de gens s'intéresse à cette pratique sans n'avoir aucune pratique corporelle en support, il me parait fondamental aujourd'hui d'impliquer le somatique au cœur du CI, afin de cheminer vers une pratique saine, consciente, bienveillante,  inclusive, et de moindre formatage. Il me parait tout aussi important de travailler à ne pas  séparer le corps et l'esprit, reliant  les enjeux physiques, relationnels  et émotionnels, à faire émerger une pratique intégrative afin d'éviter de  s'égarer aux confins du vide d'une gymnastique, du sensuel "glissants" ,  ou  du spirituels "décorporés"..

Aborder le contact impro depuis là, c'est l'aborder comme un processus davantage que comme une forme . Les sources somatiques font ancrage au processus d'apprentissage:  le chemin devient l'accomplissement.

De même, alors que l'approche somatique du BMC nous mène parfois vers des processus très individués, composé de travail sur soi et de recherche personnelles, le contat impro vient nous dire ici à quel point nous avons aussi besoin de l'autre pour se rencontrer et évoluer. Le CI amène une dimension supplémentaire   : une rencontre dansée dans la terre du  toucher. L'exigeance de chaque rencontre nous invite à entrer dans l'échange,  honnête et sans artifices , car  il y a nécessité de se relier.

Eléments de pratique

A partir de notre volume, unité liquide organisée et définie, nous explorons les processus d'accordage par le toucher et les perceptions. Nous  réaffirmons notre reliance avec la terre, l'air, et notre partenaire, en laisser couler la simple évidence : la danse est interdépendance.  Voici une liste de thème de pratique non exhaustive , thèmes qui reviennent souvent comme des bases fondamentales de travail : 

- l'abandon au flux fluide (continuum/momentum), par la modulation du tonus

- la clarté d'un vocabulaire et d'une conscience du toucher

- l'alignement entre l'attention et l'agir

- l'unification de notre volume (organisation entre centre et extrémités par certains systèmes corporels)

- travailler la disponibilité de nos sens

- l'apprentissage de l'écoute de nos rythmes internes  et partagés

- la pratique de la non-volonté , et du moindre effort (zone de flux).

- adoucir et clarifier son rapport à soi, augmenter sa zone de confort

- vivre son  intelligence animale,  sensitive, réflexe.

​- respirer pleinement nos reliances et interdépendances avec les autres et l'environnement.

- trouver le  courage de se montrer vulnérable aux transformations que tout cela met en jeu.

 

 

"Danser pour rendre visible l'invisible et vivre  l'indivisible."

A.Guex

"Et s'il suffisait de laisser le doux animal

en toi aimer ce qu'il aime?" (m.oliver)

"Pour que le corps parle, il faut le silence. Tant que vous savez quelque chose, le corps se tait. Revenir à ce silence de volonté et de savoir" (e.Barret)

"Revenir à notre sensorialité, dépolluée de paroles, de discours, d’analyses. Revenir à la source première, à l’expérience première de nos sens, sans mots, à l’expérience de la fluidité de la vie. Ne rien faire, ne rien vouloir, juste se mettre là où l’on est. Laisser le temps se suspendre, laisser s’ouvrir le champ des possibles, se laisser danser. (F.Roustang)

"Faire du mouvement une danse, d'un mot un poème, d'un son une musique, d'une rencontre un partage. Faire d'une existence une vie" (A.Guex)